GAIBO Milano, une rêve étrange

J'étais à Milan, aux premiers jours du Printemps. Mes commandes étaient presque
toutes passées et les collections de l'automne-hiver 2009-10 ne seraient pas frileuses ... malgré la crise.
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Le dernier rendez-vous était fixé dans un showroom situé via Pietro Calvi au coeur de la cité italienne la plus active.
Derrière la lourde porte cochère qui s'ouvre en grinçant, la cour
intérieure est un jardin de la Méditerranée ; la végétation capte la lumière rosée du ciel matinal ; j'y reconnais quelques bergamotiers émigrés de la Calabre, des crocus siciliens.
Un jeune homme brun aux yeux clairs me salue et m'introduit dans le vaste showroom de la Maison GAIBO Milano au rez de chaussée. Murs blancs, tentures blanches masquent le jour ; comme d'habitude, dans ces temples de la mode.
Aucun vêtement, aucune penderie. Curieux.
Le jeune homme me propose un rafraîchissement, me laisse, seule, dans cet espace minimalissime et silencieux. Détendue, je regarde les longs voiles que je conçois en gaze de soie, tendus du plafond jusqu'à frôler le sol blanc. Aucun souffle ne les anime ; sans couleur, ils semblent destinés à absorber le moindre bruit.
Le jeune homme revient et dépose un bol de thé qu'accompagne une bergamote à peine râpée. Le parfum du fruit m'enchante, la première gorgée de ce thé : un plaisir inconnu.
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Je ne suis plus à Milan, mais .... Là .... au pied d'une source qu'évoquent certaines peintures de Katsushika Hokusai.
Pas question de révéler mon impatience de découvrir la nouvelle collection de la signora Pinuccia Botondi. J'attends.
Alors une discrète lumière irisée vient éclairer les voiles de soie qui se meuvent.
Théâtre. Des ombres d'arbres, de branches, de feuilles glissent de voile en voile.
Les fils se colorent de mauve, bronze, noir et s'impriment au coeur des mouvements sous l'effet de la chaleur.
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Le jeune homme m'invite à choisir. (!?!)
- Vite, car la transparence se tâcherait dans l'attente et l'indécision.
Aussitôt la salle retrouve la pénombre, le silence reprend sa place dans la lumière blanchâtre.
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CATHERINE ANSELMI raku pot (crackle) 1980
Dernière gorgée de thé ; je dois suivre le jeune sicilien vers une porte jusque là invisible.
Un autre jardin. Le vert est intense.
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Le vacarme me décontenance, encore imprégnée de l'atmosphère précédente.
Ici, l'on s'affaire, des milliers d'ouvriers travaillent sans cesse mais aucun visage n'arrête mon regard.
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Les vers à soie ignorent le regard des humains qui les emploient. Ils grignotent les feuilles des mûriers blancs, leur nourriture exclusive, avec une voracité appliquée.
Le jeune homme s'amuse de mon émerveillement et m'invite de nouveau à choisir.
- Quoi ?
- les vers à soie destinés à la réalisation de la commande.
Je feins quelques connaissances en sériciculture, palpe les feuilles de mûrier, retourne les petites bêtes, les osculte et me surprend à en croquer une afin de confirmer leur bonne santé (si nos clientes savaient).
Sans hésitation je désigne mes protégés.
La signora Botondi arrive au même moment. Elégante, vive, d'une grâce hors du commun, m'offre un autre bol de thé parfumé ; sans compter son temps me transmet l'histoire des premiers plants de bergamote et de mûriers, les vers à soie introduits en Sicile et en Calabre depuis le XIIe siècle,
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et du travail que ces productions génèreront jusqu'à la seconde guerre mondiale ;
museo della seta- Calabre
(voyez la vidéo)
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puis elle insiste sur la pureté de l'eau pour un excellent thé, sur l'importance d'aller chercher les sources.
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Le silence des voiles, les grignotis des vers à soie, les sources, la porte cochère ...GLONG ! se referment.
Je suis projetée à Brest dans la boutique, face au transporteur qui m'invite à signer le reçu du colis déposé à terre...en provenance de Milan.
Les chemisiers en satin de soie,
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les manteaux aux couleurs de cascade,
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découvrent la lumière atlantique et s'animent loin de leur source. Comme les bergamotes et les vers à soie, loin de la Calabre ou de l'Asie, comme les rêves.

win -win

A dream deffered ? Même pas vrai ...... S'il faut aller chercher la douceur de vivre à contre-courants , dans les gazes arachnéenne, dans les " on ne sait quoi" subtilement suggérè, dans les couleurs silencieuses( toute beauté doit garder son mystère) alors sans faire de bruit on va rêver rue Jean Macé, n'oubliez pas c'est " au 33 ",les manieres y sont soyeuses !!! et nous sommes à Brest .

magico.

magico.