Les perles de Laura B
J'avais une invitation au fond d'un sac de métal lamé et un bracelet de perles d'aventurines bleues.

Chiffonée, juste oubliée - transmise qui sait d'une femme à une autre- d'un sac dans l'autre depuis 1929, l'invitation n'a jamais été jetée malgré la fin du spectacle ;

Le bracelet provient de la "Collection particulière" 2009 de Laura Bortolami
Laura B
qui m'évoque les célèbres Ballets russes ; on fête d'ailleurs
cette année le centenaire de la première représentation.

ci-dessus-dessous belle pyrite (surnommée l'or des fous) au bout d'une longue chaîne d'argent
et boucle d'oreille argent et perles d'aventurines bleues

Collection particulière 2009 Laura B

détail du sac en métal lamé -Collection particulière 2009 Laura B-
Emouvante redécouverte donc que cette invitation personelle aux ballets russes,
à Monte-Carlo.
Anne-Marie L'Hostis née le Quellec ma grand-mère couturière de Plouarzel,
avait ainsi nourri de loin, une passion pour ces spectacles d'avant-garde donnés à Paris, Londres où Monte-Carlo et dont sa tante mariée à un vieux russe immigré lui avait conté les merveilles : les rivières de perles de Shéhérazade, le costume flamboyant de l'Oiseau de feu, les broderies de celui du dieu bleu ;

Shéhérazade, 1910, ballet repris ci-dessus par le ballet national d'Angleterre ;

Costume de Léon Bakst pour Le dieu bleu -1912
... tout un imaginaire somptueux et exotique si différent de celui qu'elle écoutait distraitement lors des veillées familiales.

ci-dessus :projet de costume de L.Bakst et à droite le danseur V.Nijinsky dans "Narcisse" 1911 -image Erich Lessing/photo Left
Car à Paris, à Londres, au début de l'autre siècle, l'Orient fascine.
L'âme russe et la fougue de ses artistes émeuvent et permettent de parodier la vie sociale de l'époque.
L'homme capable de générer un tel élan artistique et de telles entreprises
de Création Collective s'appelle Sergei Diaghilev, originaire de Novgorod (à quelques lieues de Saint-Pétersbourg).
Critique d'art éclectique, imprésario théâtral,
fondateur de la revue "Le monde de l'Art" en1898 et de la troupe de danse
"Les ballets russes" en 1909, Sergei Diaghilev rassemble et fait fusionner sur la scène des théâtres
les grands talents du moment : musiciens comme Borodine (Le Prince Igor), Stravinsky, Debussy,
Satie qui introduisent de nouvelles harmonies rythmiques,
ici l'opéra "Le prince Igor" repris aussi par la compagnie de ballet de l'opéra de Kirov
les poètes Jean Cocteau (écoutez son témoignage : http://www.youtube.com/watch?v=wq9d3QgD7Lw) , Guillaume Apollinaire, le danseur étoile Vaslav Nijinski qui invente le bond,
Gabrielle Chanel créatrice de costumes (le train bleu 1924) et soutien financier de Diaghilev ;
pour les décors ou les costumes il appelle aussi des peintres Léon Bakst, Pablo Picasso

-ici le fond de scène peint pour Le train bleu, 1924- qu'il rencontrera à Rome, Braque, Matisse, Derain.
Je comprends à présent la passion de cette grand-mère bretonne pour les tissus, les voiles, les tailleurs Chanel
qu'elle était capable de répliquer
et le plafond de sa chambre tendu d'un tissu ancien aux motifs cachemire.
